Artprice ? Triple A ! Abonné depuis des années j'y trouve, de façon non exhaustive, les résultats d'enchères, les prochaines ventes et des annonces concernant près d'une centaine d'artistes mis en favoris, d'Adami à Szafran en passant par Indiana, Invader, Ruff et Soulages, j'en passe et des plus connus.

Amateur, je consulte régulièrement les annonces présentes sur le site et ai acheté il y a quelques mois une photo signée de Thomas Ruff... enfin je crois.

Actionnaire enfin, je me cramponne à PRC, en consultant de temps à autres les échanges de traders et petits porteurs sur les forums dédiés, pour tenter de me faire une idée, véritable gageure.

J'ai pourtant, quelques jours avant leur lancement, un avis réservé sur les futures enchères électroniques d'Artprice - qui ne demande bien entendu qu'à évoluer - au moins pour les raisons suivantes :

1. Aucune assurance sur l'authenticité des œuvres en vente
Si le service est calqué sur celui des annonces actuel, l'authenticité des oeuvres, pouvant être mises en vente par n'importe qui, n'est pas assurée, à la différence des maisons de vente et de leurs experts qui s'engagent sur les biens proposés à la vente.

2. Pas d'information sur le vendeur
Dans ce contexte, aucune information n'est disponible sur le vendeur : ni notes, ni évaluations émanant d'autres acheteurs pour rassurer les acquéreurs potentiels et compenser l'absence de précision sur l'authenticité des oeuvres. En sera-t-il autrement avec les enchères ? A priori non puisqu'il est fait état d'un anonymat assuré tout au long de la vente.

3. Un tiers de confiance, gage de sécurité mais source de coûts et délais
L'intervention d'un tiers de confiance, Escrow, représente un gage de sécurité mais également un coût et des délais supplémentaires, avec de surcroît un nom qui, même s'il signifie bien "séquestre" en anglais, demeure particulièrement mal venu pour des francophones, s'agissant de transactions financières.

4. Une ergonomie et un graphisme toujours à la traîne
Ils ont jusqu'alors été mis de côté. Le site actuel n'est pas vraiment agréable à l'utilisation - il n'a quasiment pas évolué depuis des mois, offrant le strict minimum en matière d'interface (il n'y a qu'à voir la liste des artistes favoris, peu lisible) - et manque de faculté de personnalisation (il n'est par exemple pas possible de choisir les artistes pour lesquels on souhaite recevoir une alerte quotidienne, l'intégralité des artistes mis en favoris est nécessairement embarquée dans l'alerte, du coup assez indigeste). L'expérience utilisateur sera-t-elle davantage prise en compte avec les enchères ?

5. Des frais finalement non négligeables pour le service rendu
Les frais pour l'acheteur, de 9% jusqu'à 7500 $ et baissant progressivement à 5% au delà, sont certes moins importants que ceux des maisons de vente (généralement autour de 20% pour l'acheteur), mais demeurent plus élevés que ceux des autres sites de courtage en ligne (eBay ne prend aujourd'hui que 7% jusqu'à 300 EUR et 21 EUR au dessus).

6. Un nombre de membres Artprice important mais à relativiser
Pour les vendeurs, le nombre d'acheteurs potentiels est certes imposant mais sans commune mesure avec des communautés comme celle d'eBay, revendiquant plus de 100 millions de membres.

7. Une base de données unique, pouvant constituer un frein au jeu des enchères
Le système pourrait finalement être victime de ses propres points forts, s'agissant avant tout d'une exceptionnelle base de données offrant aux enchérisseurs les moyens de confronter en temps réel l'enchère en cours à la cote de l'artiste - voire au prix de vente d'un lot comparable - risquant de freiner voire de stopper net le jeu des enchères.

8. A terme, une possible remise en cause du modèle Artprice ?
Je me demande enfin si les enchères ne pourraient pas à terme remettre en cause une partie du business model du site, dont l'activité tourne autour de l'impressionnante base de données des résultats d'enchères, devant sans cesse être alimentée. Cet approvisionnement ne repose-t-il pas au moins en partie sur le bon vouloir des maisons de vente, acceptant de fournir à Artprice les résultats de leurs ventes de façon automatisée et dans les meilleurs délais ? Le nouveau service d'enchères entrant en concurrence avec l'activité des maisons de vente, ces dernières seront peut-être moins enclines à communiquer ces précieuses informations à Artprice, qui aura donc plus de mal à les récupérer pour les injecter dans sa base. On a dit les maisons de ventes sereines face à cette nouvelle concurrence annoncée. Le Conseil des ventes volontaires ne s'y trompe pourtant pas et a demandé à la société de clarifier la situation, lui reprochant de laisser planer le doute sur un système d'enchères un peu trop proche de l'activité de ses commissaires priseurs.

Situé entre les enchères en ligne proposées par des sites comme eBay, sans en offrir cependant les services et pour un coût finalement plus élevé, et les enchères traditionnelles des maisons de vente, à moindre coût mais sans les garanties, le nouveau positionnement d'Artprice me paraît a priori délicat à tenir. Un pari à suivre avec intérêt dans les prochaines semaines.

A lire ailleurs :

Présentation et tarifs du service d'enchères Artprice
Artprice veut révolutionner le marché de l'art, article du Figaro