Artprice Enchères : 8 raisons de douter ?
Par guillaumeh le 9/01/12, 20:35 - Lien permanent
Artprice fait le buzz avec son nouveau système d'enchères en ligne. Son cours de bourse donne le vertige avec près de 85% de hausse sur le mois dernier, -11% mercredi 4/01, +16% le lendemain et une spectaculaire hausse de près de 600% en un an. L'idée de bénéficier d'une nouvelle place de marché regroupant 1,3 million de professionnels et véritables amateurs d'art, pour y acheter et vendre des oeuvres aux enchères, paraît en effet séduisante. Je demande pourtant à voir, au moins pour 8 raisons :
1. Aucune assurance sur l'authenticité des œuvres en vente
2. Pas d'information sur le vendeur
3. Un tiers de confiance, gage de sécurité mais source de coûts et délais
4. Une ergonomie et un graphisme toujours à la traîne
5. Des frais finalement non négligeables pour le service rendu
6. Un nombre de membres Artprice important mais à relativiser
7. Une base de données unique, pouvant constituer un frein au jeu des enchères
8. A terme, une possible remise en cause du modèle Artprice ?
Artprice ? Triple A ! Abonné depuis des années j'y trouve, de façon non exhaustive, les résultats d'enchères, les prochaines ventes et des annonces concernant près d'une centaine d'artistes mis en favoris, d'Adami à Szafran en passant par Indiana, Invader, Ruff et Soulages, j'en passe et des plus connus.
Amateur, je consulte régulièrement les annonces présentes sur le site et ai acheté il y a quelques mois une photo signée de Thomas Ruff... enfin je crois.
Actionnaire enfin, je me cramponne à PRC, en consultant de temps à autres les échanges de traders et petits porteurs sur les forums dédiés, pour tenter de me faire une idée, véritable gageure.
J'ai pourtant, quelques jours avant leur lancement, un avis réservé sur les futures enchères électroniques d'Artprice - qui ne demande bien entendu qu'à évoluer - au moins pour les raisons suivantes :
1. Aucune assurance sur l'authenticité des œuvres en vente
Si le service est calqué sur celui des annonces actuel, l'authenticité des oeuvres, pouvant être mises en vente par n'importe qui, n'est pas assurée, à la différence des maisons de vente et de leurs experts qui s'engagent sur les biens proposés à la vente.
2. Pas d'information sur le vendeur
Dans ce contexte, aucune information n'est disponible sur le vendeur : ni notes, ni évaluations émanant d'autres acheteurs pour rassurer les acquéreurs potentiels et compenser l'absence de précision sur l'authenticité des oeuvres. En sera-t-il autrement avec les enchères ? A priori non puisqu'il est fait état d'un anonymat assuré tout au long de la vente.
3. Un tiers de confiance, gage de sécurité mais source de coûts et délais
L'intervention d'un tiers de confiance, Escrow, représente un gage de sécurité mais également un coût et des délais supplémentaires, avec de surcroît un nom qui, même s'il signifie bien "séquestre" en anglais, demeure particulièrement mal venu pour des francophones, s'agissant de transactions financières.
4. Une ergonomie et un graphisme toujours à la traîne
Ils ont jusqu'alors été mis de côté. Le site actuel n'est pas vraiment agréable à l'utilisation - il n'a quasiment pas évolué depuis des mois, offrant le strict minimum en matière d'interface (il n'y a qu'à voir la liste des artistes favoris, peu lisible) - et manque de faculté de personnalisation (il n'est par exemple pas possible de choisir les artistes pour lesquels on souhaite recevoir une alerte quotidienne, l'intégralité des artistes mis en favoris est nécessairement embarquée dans l'alerte, du coup assez indigeste). L'expérience utilisateur sera-t-elle davantage prise en compte avec les enchères ?
5. Des frais finalement non négligeables pour le service rendu
Les frais pour l'acheteur, de 9% jusqu'à 7500 $ et baissant progressivement à 5% au delà, sont certes moins importants que ceux des maisons de vente (généralement autour de 20% pour l'acheteur), mais demeurent plus élevés que ceux des autres sites de courtage en ligne (eBay ne prend aujourd'hui que 7% jusqu'à 300 EUR et 21 EUR au dessus).
6. Un nombre de membres Artprice important mais à relativiser
Pour les vendeurs, le nombre d'acheteurs potentiels est certes imposant mais sans commune mesure avec des communautés comme celle d'eBay, revendiquant plus de 100 millions de membres.
7. Une base de données unique, pouvant constituer un frein au jeu des enchères
Le système pourrait finalement être victime de ses propres points forts, s'agissant avant tout d'une exceptionnelle base de données offrant aux enchérisseurs les moyens de confronter en temps réel l'enchère en cours à la cote de l'artiste - voire au prix de vente d'un lot comparable - risquant de freiner voire de stopper net le jeu des enchères.
8. A terme, une possible remise en cause du modèle Artprice ?
Je me demande enfin si les enchères ne pourraient pas à terme remettre en cause une partie du business model du site, dont l'activité tourne autour de l'impressionnante base de données des résultats d'enchères, devant sans cesse être alimentée. Cet approvisionnement ne repose-t-il pas au moins en partie sur le bon vouloir des maisons de vente, acceptant de fournir à Artprice les résultats de leurs ventes de façon automatisée et dans les meilleurs délais ? Le nouveau service d'enchères entrant en concurrence avec l'activité des maisons de vente, ces dernières seront peut-être moins enclines à communiquer ces précieuses informations à Artprice, qui aura donc plus de mal à les récupérer pour les injecter dans sa base. On a dit les maisons de ventes sereines face à cette nouvelle concurrence annoncée. Le Conseil des ventes volontaires ne s'y trompe pourtant pas et a demandé à la société de clarifier la situation, lui reprochant de laisser planer le doute sur un système d'enchères un peu trop proche de l'activité de ses commissaires priseurs.
Situé entre les enchères en ligne proposées par des sites comme eBay, sans en offrir cependant les services et pour un coût finalement plus élevé, et les enchères traditionnelles des maisons de vente, à moindre coût mais sans les garanties, le nouveau positionnement d'Artprice me paraît a priori délicat à tenir. Un pari à suivre avec intérêt dans les prochaines semaines.
A lire ailleurs :
• Présentation et tarifs du service d'enchères Artprice
• Artprice veut révolutionner le marché de l'art, article du Figaro
Commentaires
L'interview du PDG d'Artprice sur BFM (9/01 - Aller à 12')
Vous fantasmez en pensant que les enchères classiques offrent une sécurité. Il suffit de regarder les maisons de vente qui ont dû fermer à la suite d'affaires de faux (fermetures peu médiatisées il est vrai). L'anonymat est plus important qu'avec Artprice qui lors de la transaction dévoile les noms des acheteurs les mieux disant au vendeur et vice versa.La plupart des offres de grande valeur sont faites avec des certificats le plus souvent d'artistes (loin d'être le cas en vente classique). Quant à la comparaison avec Ebay, c'est pas sérieux. 90 % de tableaux vendus sont des croutes et lorsqu'on annonce des noms connus ce sont des faux. Pas plus tard que cette semaine, il s'est vendu pour 25000 euros un faux Manet et pour 400 euros un tableau annoncé Marcoussis. Impossible ce genre d'escroquerie sur Artprice (consultation de la base de données possible en permanence).
@maurice Il faut arrêter avec les faux et les affaires des maisons de ventes ; c'est totalement anecdotique par rapport aux milliers de biens vendus tous les jours. Et si ça se produit l'acheteur sait vers qui se retourner. Et en cas de problème pour l'acheteur sur artprice? Le site ne parle que de la securité des vendeurs, pas des acheteurs.
Pour PRC c'est clair on est en pleine euphorie pré-événementielle, dont certains doivent se délecter. Tout ca retombera peu après l'ouverture des encheres.
il délire momo. Faudrait voir à me citer les fameuses maisons de vente qui ont fermé suite aux affaires de faux.
Une maison de vente moyenne vend environ 15000 objets par an et le taux de retour est quasi nul.
Le reste c'est du bon gros fantasme.
en tout cas, pour se faire fourguer les invendables des maisons de vente, y'a pas mieux qu'artprice...
Le commissaire priseur Pierre Cornette de Saint Cyr sur France Inter, dans l'émission Adjugé Vendu d'hier, à propos des nouvelles (?) techniques de ventes aux enchères en ligne comme eBay (artprice n'est pas cité mais bon) : “C’est l’avenir du monde... c’est nous qui devons maintenant comprendre que ce nouveau mode de conquête planétaire est absolument irréversible”
http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=248461 - Aller à la minute 84'40
Bonjour,
Ce que ne les gens ne savent pas ou peu, c'est qu'une fois l'enchère terminée, les choses deviennent moins simple ... et plus qu’hasardeuse !!!
En effet, il faut passer par une plateforme américaine (escrow.com) non traduite !!! et sans interlocuteur Français pour bloquer la somme de la transaction (qui peut être importante !). Que se passe-t-il en cas de litige avec l’acheteur, le vendeur, ou même escrow.com ? Doit-on prendre l’avion pour solutionner le problème ? Doit-on faire appel à un traducteur ? Ou à un avocat Américain ?...
Je n’ai aucune confiance en ce mode de paiement. Personnellement j’ai mis près de 100 enchères sur le site Artprice, et il est évident que je n’irais pas à terme de ces transactions. Je ne fais pas confiance à un site 100% américain pour une transaction financière au même titre que je ne confierai pas mon argent à une banque aux USA.
Lorsqu’il s’agit d’argent, il est évident que l’on se doit au minimum d’avoir un correspondant qui nous comprenne et que l’on comprenne, et en l’occurrence, dans le cas des enchères artprice, ce n’est absolument pas le cas.
Alors argument d’artprice : Escrow.com est le numéro un en tiers payant, ok, mais cet argument rassurera t’il le client ? Sera-t-il prêt à confier son argent (qu’il soit vendeur ou acheteur) à un site américain, sans aucune online Français, et sans aucune traduction ? J’en doute, me concernant, c’est un grand NON.
Et vous qu’en pensez-vous ?...
Artprice et les enchères, MON EXPERIENCE, MON AVIS : PASSEZ Y A RIEN A VOIR, c'est lamentable !
7 lots sur lesquels des gens ont enchéris.
J'ai voulu jouer le jeu, pour voir, même si sur certain lot, les frais cumulés de escrow pouvaient être supérieur au prix de vente.
Eh oui ... Le virement de la somme récolté pour votre lot (et par lot !) vous coute 25 $ + 25 $ pour l'enchérisseur + frais escrow + frais conversions € -> $ -> € .... + frais artprice (9%)
Quoi qu'il en soit mes 7 lots (de 60 à 1000 €) n'ont pas été réglés par les enchérisseurs, qui ne sont aucunement obligés de régler et qui restent anonymes.
Perte de temps évidente, et terrain de jeu de toute personne désirant enchérir 100.000.000 € sur un Picasso sans avoir aucune obligation de le régler et qui de toute façon restera protégé par son statut d'anonyme.
Quoi qu'il en soit, même une personne honnête aura la plus grande difficulté à régler sur un site en anglais, qui plus est compliqué, et sans connaitre l'identité du vendeur.
Ou Artprice est d'une grande naïveté, ou ils ont voulus gonfler leur cour de bourse par une fausse nouveauté qui plus est inutilisable, ou ils sont tout simplement mauvais.
Tout à fait d'accord avec @Jonquoy, que des nanars aux enchères sur artprice, les invendus des maisons de vente, souvent à des prix délirants. Y a qu'à voir : personne n'enchérit !
Bonjour à tous,
Je viens d'être alerté par artprice qu'une nouvelle enchère concernant Carzou venait de paraître ... Ouahhh 1500€ une lithographie, quelle belle affaire !
A 150 € j'offre le champagne à celui qui me l'achète !
C'est N'IMPORTE QUOI ! dailleur il n'y a qu'à voir, il n'y a sur l'ensemble des lots qu'une dizaine de lots avec enchères (entre 100 et 2000 Euros), sachant qu'une minorité de celle ci auront en face une personne réellement intéressé, on peut des à présent affirmer que leurs enchères sont une réussite au niveau boursier, mais une catastrophe en réalité. Ils se sont débrouillé comme des amateurs, par contre hormis ce forum, il est IMPOSSIBLE des laisser des avis, et d’informer les gens, j'ai même essayé la presse, mais RIEN, ils verrouillent tout. C'est la plus grande arnaque boursière de ce début d'année, voir plus ...