Oser l'anonymat sur un forum interne ?

Une entreprise en pleine phase d’introspection, un management désireux de connaître le véritable ressenti de ses collaborateurs sur la stratégie de l’entreprise, ses métiers, ses résultats, sa politique RH, etc. Comment opérer ?

En exploitant les possibilités offertes par l’Intranet, qui a naturellement été identifié comme l’endroit où cette expression pourrait prendre forme. En toute transparence, sans peur de représailles pour un parler trop franc ? Oui, grâce à l’option anonymat.

La décision a mis un certain temps à mûrir, pour finalement être confirmée en comité de direction. Tant qu’à solliciter les collaborateurs, autant que cela serve à quelque chose, avec des remontées reflétant le plus possible la réalité, même si certaines peuvent parfois être difficiles à entendre.

Une charte d'utilisation à double sens

Les collaborateurs ont donc pu s’exprimer librement pendant plusieurs mois sur leur forum, en choisissant pour chaque contribution si elle serait publiée sous leur nom ou anonymement.

Un seul prérequis à l'utilisation du service : l’acceptation d’une charte d’utilisation. Une charte simplissime - en fait le strict minimum, validé tout de même par le service juridique - et surtout synallagmatique, à double sens, engageant autant l’utilisateur que l’entreprise :

  • L'utilisateur se conforme à des conditions d’utilisation normales pour un tel outil mis à disposition dans un cadre professionnel - rien d’exceptionnel ;
  • En échange l’entreprise s'engage à respecter l’anonymat des contributions, ce qui est mentionné noir sur blanc dans la charte.

Bref, un deal plutôt honnête.

Aucun excès relevé

Contre toute attente et contrairement à tout ce que j’ai pu benchmarker sur le sujet en amont du lancement du service, aucun excès n’a été relevé, les échanges sont restés constructifs et les utilisateurs se sont parfaitement autorégulés, même sous couvert de l'anonymat.

Plusieurs prises de parole, quelques unes pouvant vraisemblablement être rattachées à la direction, d’autres aux syndicats, des collaborateurs parlant peut-être à double voix (authentifiée et anonyme), à la limite de la schizophrénie (c'est leur problème)... mais au final rien de dramatique.

Quelques précautions

Nous avions pourtant pris les précautions requises pour une modération a posteriori efficace, avec notamment :

  • une formation spécifique des modérateurs ;
  • une équipe modulable et pouvant être rapidement étoffée ;
  • des cas de modération très limités et énumérés de façon exhaustive dans une charte de modération fournie à la demande des utilisateurs ;
  • un comité de modération chargé de décider du sort des contributions les plus touchy ;
  • et enfin divers degrés d'intervention des modérateurs, du simple message d'avertissement au gel du compte.

Tout cela est resté cantonné au stade de l’anticipation.

Une confiance cependant partielle, quelques abstentions

Seul hic : je parle bien de plusieurs prises de paroles et non pas de nombreuses prises de paroles. En réalité, en questionnant en off les intranautes, certains m'ont tout de même fait part d'un manque de confiance dans l'engagement de respect de leur anonymat. Dommage, car avec davantage de confiance les échanges auraient très certainement pu monter d'un cran.

Qu'aurait-il fallu faire de plus ? J'ai proposé d'humaniser la charte d'utilisation, en en faisant un message rédigé et signé de la main du directeur général, s'adressant directement à chaque utilisateur potentiel dans une sorte d'engagement personnel et réciproque. J'ai également souhaité inciter plusieurs "personnalités" à participer aux échanges et montrer l'exemple, pour ensuite recueillir leurs avis dans des témoignages vidéo mis en ligne sur le forum et susceptibles de convaincre les plus réticents à s'exprimer en toute confiance.

En tous cas le nerf de la guerre est à mon avis bien là : la confiance. Il faut tout faire pour établir et maintenir cette confiance. Celle des utilisateurs envers le "système", pour qu'ils jouent pleinement le jeu, mais également celle de la direction vis à vis de ses équipes, pour franchir le pas et proposer cette option d'anonymat. Le jeu en vaut la chandelle et tout le monde peut en sortir grandi, à commencer par le débat.

Qu'en pensez-vous ? Avez-vous pu expérimenter l'anonymat dans votre entreprise et, le cas échéant, qu'en avez-vous retenu ? Vous pensez au contraire que cette option n'est pas prête d'y voir le jour : pour quelles raisons ?